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L’art oublié de terminer

 

La boule orangée disparaît derrière le lac, laissant place à son acolyte, grand-mère lune. Les flocons de neige voltigent, emportés par la brise. La terre revêt son manteau blanc. L’automne tire à sa fin. Il fait de plus en plus froid, de plus en plus noir, longtemps. On a envie de cocooning, de s’emmitoufler dans les couvertures, près d’un feu de foyer réconfortant. On sent le besoin de ralentir le rythme, de s’intérioriser, de faire le bilan.

Selon le concept de la roue de médecine autochtone, la vie est un cycle, un cercle doté de quatre directions principales : l’Est, la naissance, le Sud, l’action, l’Ouest, la récolte et la fin, et le Nord, le repos (la mort).

L’automne est associé à l’Ouest. Sa couleur est le noir. On passe du jour à la nuit, de la lumière à l’obscurité. C’est le crépuscule, la fin d’un cycle. Mais aussi la préparation au renouveau.

Déjà, la saison se termine, laissant place à l’hiver.

Terminer. Un mot si simple. Et pourtant, dans notre culture occidentale, l’Ouest est souvent rebuté, omis, inconsciemment ou consciemment oublié. On passe du Sud au Nord, de l’été à l’hiver, sans prendre le temps de récolter et de terminer ce qui a été planté à l’Est, fleuri au Sud.

Dans nos relations…

Quand on pratique les arts martiaux en duo, on débute et on termine par un salut. « C’est un signe de respect destiné à notre adversaire, mais aussi la preuve honnête et sincère d’une maîtrise de soi. » (TOTUM : L’ÉVEIL DU POUVOIR)

Combien de relations avons-nous commencées sans prendre le temps de saluer pour terminer dans les règles de l’art; de reconnaître la valeur de ce qui a été et de remercier? Et même si la relation nous paraît avoir été nocive, elle nous a permis d’évoluer.

Combien de fois, pour éviter la confrontation, avons-nous conservé et entretenu l’espace d’une relation qui ne nous apportait plus, empêchant ainsi la création et la manifestation d’une nouvelle? Car même si nous la laissons aller en pensant qu’elle se dissoudra éventuellement dans le néant par elle-même, elle continue d’exister.

Avec tous les sites de rencontre sur le Web, les liens se forment et se multiplient. La qualité des échanges semble avoir donné lieu à la quantité. On explore le plus vite possible sans nécessairement prendre le temps de s’interroger sur ce que l’on veut vraiment. On se nourrit de fast food, le dating express. On disperse les échanges. On disperse nos énergies. On se disperse.

Le ghosting

Ne plus donner signe de vie pour quitter quelqu’un est devenu tellement courant qu’un nom lui a été attribué : ghosting (de l’anglais ghost, fantôme). Selon la psychologue Vanina Touchet, cesser tout contact avec quelqu’un rencontré sur Internet après un seul rendez-vous peut être considéré comme une pratique acceptable. Il faut s’y attendre. (Huffingtonpost) Or, le ghosting existe aussi dans les relations sérieuses de longues dates. Pour certains, des années d’amour, de partages, d’échanges et de liens précieusement tissés s’envolent soudainement sans que les derniers mots ne soient jamais prononcés.

Est-ce là une preuve de mal-être sociétal? Un monde dans lequel la fin est taboue? Devant la vieillesse, on détourne le regard. On semble l’avoir associée à la laideur et à la souffrance. On ne veut plus vieillir. Les personnes âgées finissent maintenant leurs vieux jours dans des centres peu lumineux. Leur rang d’aîné, de sage et d’enseignant, autrefois si dignement mérité, leur a été retiré. Et elles ont perdu leur raison d’exister.

Dans certaines régions orientales, les gens se préparent à la mort dès la naissance, car ils connaissent le cycle, et préfèrent l’accueillir pour mieux vivre. Et mieux mourir. Mais comment mourir sans terminer sa vie? Comment bien finir si nous avons peur de faire face à cette réalité?

Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit.
― Khalil Gibran

La fin d’un cycle

Que se passe-t-il lorsque nous évoluons sur notre roue? Nous nous retrouvons éventuellement devant ce qui a jadis été laissé sur la trajectoire. Quand on ne prend pas soin de retirer les cailloux qui entravent notre chemin, on s’empêtre inévitablement les pieds dans une pierre au prochain tour. Car il existe le grand cercle de la vie qui porte en lui une multitude de petits cycles. On tourne. Moins on nettoie le chemin, plus il devient cahoteux, jusqu’à nous obstruer complètement le passage, nous empêchant d’avancer.

Ce que je ne savais pas, à l’époque, c’est que la vie m’amènerait à plus d’une croisée des chemins. Chaque fois, j’avais la liberté de choisir la route vers Être. Chaque fois que je m’y refusais, la chaussée devenait plus cahoteuse, les obstacles plus périlleux, l’introspection plus profonde, la coquille plus épaisse.
― Maiah, Totum : l’éveil du pouvoir

Quand j’ai débuté la formation sur la roue de médecine, mon enseignante, Nadeije, m’a remis une pierre qu’elle avait quelques jours plus tôt choisie à mon intention. En me l’offrant, elle m’a dit ceci :

Cette pierre est le symbole de notre relation. Si, pour une raison ou pour une autre, tu choisis de quitter avant la fin de la formation, je te demande de me la rapporter. Si tu préfères, tu peux aussi me la faire parvenir par la poste. Ce que je demande, c’est que la pierre me revienne pour que nous puissions, toi et moi, clore la relation. Si tu termines la roue, la pierre t’appartiendra. Mais tu sais, a-t-elle ajouté, au fil du temps, 18 personnes ont quitté la roue avant la fin, et seulement 4 pierres me sont revenues. Terminer, dans notre culture, c’est beaucoup plus difficile à faire qu’à dire. Nous n’y avons tout simplement pas été habitués.

Combien de relation non terminées gardez-vous dans votre placard intérieur? Pour finir l’année en beauté, pourquoi ne pas nettoyer notre chemin (ou une partie, du moins), et rendre les pierres à leurs destinataires en signe de respect, pour soi comme pour l’autre. Notre roue n’en sera que plus claire et notre maîtrise de soi, que plus grande.

Saluons notre propre nature et le cycle de nos saisons…

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